Quand le « caractère sacré de la vie » inclut le droit de choisir la mort

Plus tôt cette année, la Cour suprême du Canada a légalisé l'aide médicale à mourir (DAP) – une décision qui entrera en vigueur en février 2016. Infirmant par décision unanime sa décision de 1993 qui refusait le droit d'un patient à mourir, la Cour a défini le « caractère sacré de la vie » pour inclure la détermination de son « passage dans la mort », même si le patient n'est pas en phase terminale. Bien que les décideurs canadiens s'efforcent de minimiser les abus potentiels de l'APA, le langage juridique est largement permissif.

Une préoccupation supplémentaire pour les médecins chrétiens au Canada est le récent vote du Collège des médecins et chirurgiens de l'Ontario visant à restreindre le droit d'un médecin à la protection de sa conscience. Une révision de leur politique sur les droits professionnels et humains oblige désormais tous les médecins, même ceux qui ont des objections morales et religieuses à des procédures telles que l'AMM et l'avortement, à orienter vers d'autres prestataires de soins de santé.

Aux États-Unis, le PAD est légal à Washington et en Oregon, et de nombreux projets de loi sont en cours devant de nombreuses législatures d'État en faveur de sa légalisation. J'ai parlé avec le Dr Ewan Goligher, médecin de soins intensifs à l'hôpital Mount Sinai de Toronto, des répercussions des deux côtés de la frontière.




Dr Goligher, qu'est-ce qui a changé dans le paysage éthique du Canada pour rendre possible la légalisation de l'AAP maintenant ?

Ce qui a changé, tant au sein de la communauté médicale que dans la société en général, c'est l'importance croissante de l'autonomie individuelle. L'autonomie (le droit à l'autodétermination) a toujours été une considération centrale dans la prise de décision bioéthique, mais elle est maintenant considérée comme la valeur éthique prééminente. En 1993, la Cour suprême du Canada a confirmé le caractère sacré de la vie au détriment de l'autonomie du patient. Dans sa récente décision, cependant, la Cour a accordé la priorité à l'autonomie du patient. Citant le droit constitutionnel des Canadiens à « la vie, la liberté et la sécurité de la personne », la Cour a assimilé « autonomie » à « sécurité ». Au Canada, nous valorisons maintenant - en tant que question d'autonomie personnelle - le droit d'un patient de déterminer comment et quand il meurt au-dessus de la valeur intrinsèque de la vie humaine, ce que certains éthiciens considèrent de toute façon comme un concept douteux.

Mis à part l'utilisation de l'autonomie du patient pour défendre l'AMM, qu'est-ce qui vous préoccupe particulièrement, en tant que médecin, à ce sujet en tant que cadre de prise de décision médicale ? Ne devrait-on pas accorder aux patients le droit de gérer eux-mêmes leurs soins ?

L'autonomie du patient est l'un des nombreux facteurs dans la prise de décisions médicales. Mais dans le débat autour de la PAD, le concept d'autonomie va au-delà du simple fait de permettre aux patients de prendre leurs propres décisions quant à savoir s'ils acceptent les traitements proposés pour leurs conditions médicales. Pour les défenseurs de la PAD, cela implique de permettre aux patients de décider ce qui compte comme un avantage, même la mort elle-même. Dans ce cadre proposé, il n'est pas difficile d'imaginer être tenu d'accéder à des demandes de moindres « avantages » - du droit d'utiliser des médicaments sur ordonnance uniquement pour un « euphorie » agréable au droit d'exiger des interventions médicales qui ne seraient pas offertes autrement. Lorsque la mort elle-même peut être considérée comme un bienfait médical, le ciel semble être la limite malheureuse de l'autonomie du patient, et cela introduit un niveau de subjectivité dans la médecine que nous ne tolérerions pas autrement.

Pourquoi pensez-vous qu'il y a un soutien public au Canada pour l'AAP?

Il est vrai que les sondages publics montrent que la majorité des Canadiens appuient le PAD. Il est moins clair, cependant, qu'une majorité de médecins canadiens l'appuient. De nombreux médecins qui préconisent l'AOMI semblent personnellement réticents à prescrire ou à administrer des médicaments mortels. Pour moi, cela en dit long.

Le lobby PAD a réussi à faire valoir que de nombreuses personnes souffrent de douleurs irrémédiables et insurmontables. L'argument en faveur de la compassion est convaincant, et les partisans et les adversaires de l'ADP recherchent un objectif commun et un désir partagé : le soulagement de la souffrance. Les médecins des deux côtés de la question veulent fournir les meilleurs soins, les plus compatissants, à leurs patients, et il existe un consensus certain dans la communauté médicale sur le fait que nos ressources et notre formation actuelles en matière de soins de fin de vie sont inadéquates.

Néanmoins, des recherches publiées démontrent clairement que la grande majorité des patients qui recherchent une PAD ne sont pas motivés par leur douleur incontrôlée, mais par leur désir de contrôler leur processus de mort. En fin de compte, le soutien généralisé du public à l'APA reflète un profond sentiment de désespoir et d'insignifiance autour de la souffrance et de la mort dans notre société.

Comment abordez-vous cette conversation avec des collègues qui ne partagent pas votre vision chrétienne du monde et abordent différemment l'éthique du PAD ?

Face à des interlocuteurs sceptiques, Jésus posait souvent des questions pointues pour aider ses adversaires à identifier leurs propres hypothèses de base. Dans les discussions autour de l'AMM, j'ai souvent trouvé efficace de demander simplement aux gens : ' Pourquoi devrais-je respecter l'autonomie du patient ?' En tant que médecin chrétien, je sais pourquoi je dois le respecter, mais je trouve que la plupart des gens ne parviennent pas à fournir un argument éthique solide ; c'est juste quelque chose qu'ils tiennent pour acquis. Une autre question que j'aime poser est : « Comment savez-vous que le patient est mieux mort ? Ces questions obligent les gens à examiner leurs propres hypothèses de base, et leurs réponses en disent long sur leur vision personnelle du monde.

Les médecins au Canada peuvent-ils exercer le droit légal de « s'opposer consciencieusement » à la prestation de services qu'ils jugent moralement répréhensibles?

Jusqu'à tout récemment, la protection de la conscience des médecins était garantie au Canada. Ils n'étaient pas tenus de fournir un service (comme l'avortement) aux patientes, ni de les orienter vers un autre prestataire de services. La communauté médicale a généralement considéré qu'il était raisonnable de respecter les objections de conscience, et ce système a bien fonctionné au Canada pendant des décennies.

Cependant, le Collège des médecins et chirurgiens de l'Ontario, qui régit la pratique médicale en Ontario et discipline les médecins qui ne respectent pas les normes professionnelles, a récemment restreint ce droit. L'Ordre insiste maintenant sur le fait que les médecins qui refusent de fournir un service doivent fournir une référence de bonne foi à un médecin disposé à offrir des services. D'ici février 2016, PAD sera l'un de ces services. Il est probable que d'autres provinces du Canada suivront cette politique.

Est-ce une trahison de conscience de fournir une référence médicale à un autre médecin pour ces services ?

Oui, absolument, bien que beaucoup de mes collègues laïcs aient du mal à comprendre ce point. Je l'explique comme ceci : imaginez qu'une mère vienne vous voir, insistant sur le fait qu'elle ne peut plus s'occuper de son enfant d'un an et demandant une référence à la clinique d'infanticide locale. Mes collègues, bien sûr, reculent à l'idée d'offrir une référence dans ce scénario. Je leur explique que, pour ceux d'entre nous qui croient en la valeur intrinsèque de la vie humaine, nous ressentons la même horreur face à l'avortement et à l'AMP. Une référence est essentielle pour donner accès au traitement, même si le médecin ne fournit pas le service lui-même.

Si les médecins chrétiens ne se voient pas garantir la protection de leur conscience au Canada, qu'est-ce que cela signifie pour eux?

Les médecins chrétiens de conscience ne pourront tout simplement pas pratiquer dans certains domaines de la médecine. Les soins primaires seront essentiellement interdits, tout comme les soins palliatifs (puisque les médecins palliatifs sont les plus susceptibles de recevoir de telles demandes). Je suis attristé parce que ce sont des domaines hautement relationnels de la pratique médicale, où les valeurs chrétiennes telles que la servitude, l'amour et la compassion ont une valeur si directe.

De plus, il peut devenir plus difficile pour les chrétiens d'entrer dans la médecine. Il arrivera peut-être même un moment où nous ne pourrons plus faire partie de la communauté médicale au Canada parce que nous ne pourrons plus fonctionner selon les valeurs consensuelles de cette communauté. (Wesley Smith, chercheur principal au Discovery Institute’s Center on Human Exceptionalism, fait quelques prédictions inquiétantes à cet égard.)

Quelles sont les implications potentielles de la légalisation du PAD pour les États-Unis ? La pratique médicale américaine va-t-elle dans la même direction que le Canada ?

Je pense que les États-Unis suivront le Canada sous peu. De mon point de vue, je vois un élan social considérable à ce sujet aux États-Unis, et je sais que beaucoup de mes collègues américains sont très inquiets de cette possibilité.

Le public américain pourrait percevoir les médecins canadiens comme des fonctionnaires (ce qui nous rend plus liés à la politique publique), mais en réalité, la plupart d'entre nous sommes indépendants et travailleurs autonomes, tout comme les médecins américains. La différence importante est que le gouvernement canadien est l'assureur exclusif que nous facturons pour nos services. Bien que nous soyons rémunérés différemment, le cadre philosophique consensuel qui sous-tend le raisonnement bioéthique et la prééminence de l'autonomie personnelle est partagé des deux côtés de la frontière. Cela souligne l'inévitabilité d'un résultat similaire.

Que peuvent faire les chrétiens pour soutenir les professionnels de la santé au Canada ?

Les chrétiens du Canada peuvent écrire aux représentants de leur gouvernement pour s'exprimer sur ces questions. Mais parce qu'il s'agit d'une question de vision du monde, plus encore qu'une question de politique, il est important que les chrétiens soient prêts à défendre de manière convaincante et cohérente leur foi et leur vision du monde. Lorsque les chrétiens dans leurs lieux de travail, leurs quartiers et leurs villes peuvent communiquer l'évangile de manière à le rendre plausible et attrayant, notre pensée claire, notre compassion et notre ressemblance à Christ peuvent jouer un rôle déterminant dans le changement d'opinion de la société sur les valeurs chrétiennes.

Nous devons également enseigner fidèlement les Écritures afin que l'Église puisse acquérir une compréhension plus claire de la normalité de la souffrance dans la vie chrétienne, qui est évidemment au centre de cette question. Et si on nous demande de souffrir et de faire des sacrifices (professionnels), nous devons reconnaître que cela fait partie de ce que signifie être disciple de Jésus.

Dans un effort pour aider les chrétiens à communiquer l'évangile dans le contexte de ce problème et d'autres problèmes contemporains, nous organisons une conférence sur l'apologétique et l'évangélisation à Toronto en juin. La conférence, organisée par un groupe d'universitaires chrétiens de l'Université de Toronto en partenariat avec mon église locale et Apologétique Canada , vise à aider les chrétiens à relever une série de défis à la croyance en Christ. J'encourage fortement toute personne de la région à y assister. De plus, les chrétiens peuvent faire un don à CMDS (Société chrétienne médicale et dentaire), qui mène la bataille juridique pour la protection de la conscience.

Êtes-vous optimiste pour l'avenir des chrétiens dans les soins de santé au Canada?

A vrai dire, pas vraiment. La société canadienne moderne (et la société américaine aussi, je suppose) est profondément attachée à la suprématie de l'autonomie personnelle. Je ne vois pas cet état d'esprit culturel changer dans un avenir proche en dehors de la grâce de Dieu. Mais je suis convaincu que Dieu est souverain et que le débat autour de l'APA nous offre une opportunité précieuse de soulever d'importantes questions existentielles, non seulement sur les problèmes de fin de vie, mais aussi sur les 'fins' de la vie.

Seul le méta-récit de l'évangile peut donner un sens au sens de la vie et de la mort.